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Dix huit équipes de quatre joueurs étaient sur la ligne de départ avec pour ambition de remporter l'édition 2012 du Trophée Ernst & Young, dit Trophée des Grandes Écoles, et pour les 8 premières d'entre elles, affronter à la fin de la compétition, en simultanée, le numéro 2 mondial, le Grand-Maître Levon Aronian (2825).

 

Le tournoi se décompose en 7 matches, 20minKO, pas d’entorses aux règles classiques donc on devait expliquer rapidement les choses à faire aux non classés (genre éteindre le portable^^).

 

Les équipes participantes représentent toutes une Grande Ecole :

Ecole

Moyenne elo

Université Paris I (éq. 1)

2110

ENS Ulm

2064

Telecom Bretagne

2030

Sciences Po Paris - Ernst & Young

1958

Télécom Ecole managment

1867

ENS Lyon

1815

Superflue Centrale Nantes et Mines Paris

1665

Centrale Paris

1657

EMSE

1649

ENSIIE (éq.1)

1649

ENS Ulm 2

1622

Université Paris Diderot

1610

Institut Optique Graduate School 1

1600

ENSIIE (éq.2)

1499

Institut Optique Graduate School 2

1499

Telecom Sud Paris

1499

Université Paris I (éq.2)

1499

HEC

??



Notre équipe est en septième position dans la grille. N’ayant pas 4 joueurs disponibles dans nos écoles, nous avons regroupé 3 écoles pour former cette équipe :

Alexandre Kazantsev (2030) - Mines de Paris

Moi (1860) - Centrales Nantes

Baher Mawlawi (1499) - Supélec

Richard Chen (1499 … ancien 1800) - Supélec

 

Petit retour sur notre équipe : Alexandre, comment dire, c’est moi v2.0 : il joue que des gambits mais mieux que moi. On s’est tout de suite entendu . Baher était non classé mais disait bien jouer (il aurait joué en compétition au Liban). On l’a mis au 3e car Richard n’avais pas joué depuis 10ans. Il s’est avéré qu’il jouait pour 1200-1300 elo. Il a passé un mauvais tournoi comme ses adversaires étaient souvent 1800. Richard s’est mis au dernier échiquier en espérant marquer. Il n’avait pas joué depuis dix ans, mais après quelques blitz ensemble, on a constaté qu’il avait gardé son niveau de 1800 (il est 1499 sur le papier du coup), mais il avait du mal à exploiter les positions gagnantes.

 

Je n’ai malheureusement pas le classement final ni la grille américaine. (j’espère qu’on les aura bientôt sur le site de la fédération(le lien)).

 

 

 

Première ronde (Institut Optique Graduate School 2) :

On est en fin de première moitié du tableau, l’appariement suisse nous fait jouer contre les moins bien classés du tournoi, victoire assez expéditive (avec un mat du berger au 3e échiquier)

4-0

 

Deuxième ronde (Centrale Paris) :

Équipe globalement de notre niveau. Alexandre et moi parvenons à battre nos adversaires respectifs, richard assure la nulle quelques minutes plus tard.

2-1

 

Troisième ronde (ENS Ulm) :

On est 3e du classement, les choses sérieuses commencent. On rencontre une équipe solide, comprendre un 2100 au premier, un 2200 au deuxième et 1900 aux autres. Bref on s’est pris une volée. J’ai maudis cette équipe d’avoir mis leur 22 au deuxième :D

0-4

 

Quatrième ronde (Sciences Po Paris - Ernst & Young) :

Équipe très solide également, je joue un 1900 qui me joue un début ouest-indien. Je rentre dans l’attaque autrichienne, mais il joue d5 très vite et transpose en une ouverture que je ne connais pas du tout. Il me dit après la partie qu’il connaissait la théorie (sans dec’, il a réfléchit 1min pour 13 coups). J’ai lancé une attaque de la dernière chance avec mes 30 secondes à la pendule, qui a échoué mais aura eu le mérite de l’amener en dessous des 5min^^. Richard sauvera l’honneur en annulant

0-3

 

Fin de la journée, 2 victoires 2 défaites, classés 7e/18, on croit toujours à nos chances de qualifications pour la simultanée. Quelques bières et quelques blitz pour remotiver les troupes, une bonne nuit de sommeil et c’est repartit.

 

Cinquième ronde ?) :

Match difficile, je joue une Alekhine, mon adversaire semble connaître et rentre dans la grande variante, on complique la situation et j’arrive à rentrer en finale avec des pièces plus actives. Je conclus sur une erreur de sa part en passant un pion. Alexandre étouffe littéralement son adversaire jusqu’à tout échanger et rentrer en finale contre des pions doublés isolés. Il me confie plus tard qu’il n’avait pas envie de calculer sur cette partie et qu’il s’est contenté de profiter des erreurs positionnelles de son adversaire. Richard assure une fois de plus la nulle.

2-1

 

Sixième ronde (ENS Lyon) :

Triste match pour les deux équipes. Je joue un système colle (merci Yannick) et arnaque une pièce au 13e coup (erreur d’inattention de mon adversaire), mon adversaire abandonne peu après. Alexandre gagne avec beaucoup de difficultés contre une charmante demoiselle. Richard a une position annulante, bien que difficile à jouer, comme à son habitude, mais oublie un mat en un et perd par Dxg2#.

2-2

 

Septième ronde (Telecom Bretatgne) :

Scandale des appariements, on joue contre les 2e du classement à 5/6 (nous sommes alors à 3.5/6 à la 6e place). Un 2400 au premier… Alexandre l’a comme qu’il dirait sentit passer. Un 2200 au deuxième … il a pris mon Alekhine et l’a retourné en 15 coups. Il lui reste 19 :12 quand j’abandonne (je dois le remercier, il m’a convaincu de changer d’ouverture). Richard perd également faute de plan valable dans la position.

0-4

On finit donc à 3.5/7. Il reste donc un mince espoir que nous finissions 8/18 grâce au départage (nous avons joué 4 des 5 premiers tout de même). Malheureusement, le départage utilisé est le goal average, soit la somme des points obtenus par l’équipe. N’ayant pas fait beaucoup de points dans le tournoi, nous passons derrière au départage : 10/18.

 

Un peu déçus, nous sommes restés pour assister à la simultanée de Levon Aronian.

Comme tout grand maître, il se fait attendre et arrive 30min en retard. Lors de son interview avant le match, le journaliste lui rappelle que personne n’a jamais mis 8-0 aux 8 équipes qualifiées à cette simultanée (ni Kramnick (7-0), ni Vachier-Lagrave (7-0), ni Lautier(7-1)). Petite pique : l’année précédente, Almira Skripchenko a perdu 5 match, annulé 2 et gagné un match. Aronian répond avec un sourire qu’il est à égalité sur ses matches avec Almira, et nous demande d’être tolérants avec lui pendant la simultanée … éclats de rires dans la salle.

 

Début de la simultanée. Aronian joue une ouverture différente sur chaque échiquier, et ne réfléchit pas plus de 2 secondes à chaque fois pendant la première demi-heure. Il semble très confiant, mais pas trop confiant non plus. Il joue très positionnel une fois le moindre avantage acquis dans l’ouverture. Il nous dira après la simultanée qu’il préfère éviter les suites trop tactiques contre plusieurs joueurs en concertation alors qu’il a peu de temps à consacrer à la partie.

 

Au bout d’une heure, le sort de 3 parties est déjà décidé : Aronian joue des coups « de massage » comme disait le commentateur pour préparer sa finale déjà gagnante, alors que ses adversaires n’ont simplement aucun bon coup. 4 autres parties sont serrées, et une partie sort du lot. Aronian avait lancé une violente attaque sur l’aile roi, en jouant un coup thématique ou il laisse un pion en prise. Mais il joue une nouveauté, à laquelle ses adversaires répondent très bien. Aronian avoue plus tard avoir largement sous-estimé leur jeu et en avoir payé le prix fort, car il a une position clairement inférieure au 18e coup.

 

Dès lors, tout se joue sur cet échiquier, car s’il passe trop de temps à se rattraper dessus, il risque de perdre en précision sur les autres parties, et tout le monde l’attend au tournant. Sans coup férir, il n’a absolument rien concédé aux autres échiquiers, et s’est contenté de jouer pour la nulle sur sa partie perdante. Télécom Bretagne ne l’entend pas de cette oreille et joue tout pour le gain (après 2 répétitions de positions, pour « voir les intentions d’Aronian » diront-ils à la caméra) et l’obtiennent magistralement, en trouvant des coups que les commentateurs (2400 elo) ne trouvaient pas tout le temps. Les autres parties se terminent sans réelle surprise, Aronian joue précis dans ses finales et gagne.

Bilan : 7 victoires, 1 défaites. Toujours pas le 8-0

 

Pendant l’interview post-match, Aronian félicite l’équipe de Telecom Bretagne pour la précision de leur jeu, et avoue avoir été impressionné par leur volonté de gagner à tout prix, malgré la position tranchante et toutes les variantes annulantes qu’Aronian leur proposait. Il parlait du « feu dans leurs yeux ». Il félicite également une autre équipe qui l’aurait convaincu de ne pas jouer une des nouveautés qu’il avait étudié. Il nous raconte pas mal d’anecdotes sur ses parties, par exemple sur une des 8 parties, il y en avait une ou il ne voulait jamais revenir, car son fou noir ne pouvait simplement pas jouer. Il demande en riant si l’équipe en consultation calculait vraiment toutes les variantes pour l’empêcher de jouer l’harmonie de la position, ils répondent que comme ils n’avaient pas de plan valable dans la position, ils ont essayé de l’empêcher de jouer … éclats de rires

 

Au final je suis super content d’avoir participé au tournoi, bien qu’un peu déçu d’avoir raté la chance d’affronter Aronian. J’ai également eu le droit à des conseils d’un 2300 sur mon jeu (notamment sur certaines erreurs que j’ai fait plusieurs fois dans le tournoi) et ça me donne envie de refaire de vrais tournois

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